Raven Starblood

July 9, 2011

Indian - Guiltless (2011)



Il y a 5 ans (putain, 5 ans !) leur premier album (The Unquiet Sky) m’avait conduit à une chronique dithyrambique, jusqu’à inclusion dans le cercle restreint des meilleurs albums de l’année. La puissance du sludge de ce groupe de Chicago (on est loin de la mollesse propre sur elle d’Obama) était tout simplement effarante. Les suivants (en fait un album et 2 EP) ne m’avaient hélas pas autant impressionné, et je pensais que ce ciel tourmenté ne ferait plus jamais pleuvoir un torrent de boue pareille sur nos crânes impatients de fangophages affamés. Et bien j’avais tort, car là, ce que vient de réussir ce quintet est tout simplement phénoménal, agrégeant tout ce qu’on aime dans cette musique, la seule apte à rendre palpables nos colères, nos angoisses, nos dégoûts, bref nos états de désolations les plus intimes. Pour cela ils n’hésitent pas à mettre sur leur palette sonore toute la gamme des genres apparus depuis 20 ans, le sludge bien sûr, mais aussi le doom, le post-rock, le metal, le noise, le hardcore et même le black metal (sur "Guilty"), toutes niches qui n’ont plus lieu d’être puisque réunies ici dans une éruption permanente dont le génie est de vous emporter physiquement comme un vomis de lave en fusion. Soyons franc, je ne fais que paraphraser toute la critique internationale qui, unanime, a accueilli cet album comme rien moins qu’un classique avant l’heure, un chef d’œuvre qui servira de référence quand il s’agira de revisiter les grands disques du genre (mais de quel genre finalement, là est la question ?), et pour tous à coup sûr un, si ce n’est le, disque de l’année. Pas trouvé un avis divergent et pour cause. Il faut ne rien connaître et comprendre à cette musique pour ne pas être pétrifié d’évidence en écoutant les 45 min de cette monstruosité sonore. Certains n’ont pas hésité à dire que depuis le Dopethrone d’Electric Wizard on n’avait entendu quelque chose d’aussi puissamment malsain et hypnotique. Attention, la comparaison s’arrête là car Indian ne fait pas dans le gros riff. Aucune racine stoner comme en a toujours eu le Wizard. Même pas celle des Melvins, pourtant si intrinsèquement liés au sludge. Non, Indian joue une musique complètement fracassée, concassée, brisée menue, Khanate n’est pas loin (sur le titre éponyme notamment). Comme une certaine tendance actuelle le laisse entrevoir (UFO Gestapo, Godstopper), on sent une Captain Beefheartisation du sludge. Mais il était certain que l’héritage de Khanate ne resterait pas sans destinataires qui le feraient vivre dans le marigot tiède qui nous sert de monde musical, métal compris. La première force d’Indian est de parvenir à surprendre encore, alors que des thèmes doom, sludge et assimilés, satan sait qu’on en a entendu. Mais non, d’aussi vicieux, méchants, happants, jamais, en tout cas pas souvent (écouter comme ils font naitre de 8 accords une mélodie déjà culte qui vous hante jusqu’aux tréfonds de vos catacombes psychiques sur "The End Of Truth"). Sa seconde force est de nous faire croire à ce déchaînement de violence, qu’il ne fasse pas fabriqué, et on peut dire qu’ils ne sont que peu à y parvenir à ce point-là (Thou, Xasthur, Today is the Day notamment). Je ne veux pas dénigrer ce que j’encense parfois, mais on se fait parfois indulgents même quand on sent le plan consciencieusement répété. Là non. Il faut entendre sur "The Fate Before Fate" comme ils sont capables de donner naissance à une sorte d’hymne symphonique d’une marche au supplice collective qui ne laisse aucun doute sur son issue fatale. Judicieux d’avoir adopté un patronyme qui renvoie à un génocide, qui plus est puissamment escamoté par toutes les ethnies importées qui se partagent la terre de ceux qu’elles ont éradiqués. Même la seule parenthèse acoustique est superbe, pourtant aussi simplette que celles que Tony Iommi offrait dans les premiers Black Sabbath, mais superbe. Il va y avoir du taff pour la concurrence après un tel album. Mais je sens bien que la colère universelle peut encore aller plus loin. En attendant, c’est ici et seulement ici qu’on peut entendre où elle en est. L’histoire de la violence sonore est en marche. Je ne mets pas l'album en téléchargement gratuit mais renvoie sur leur bandcamp.


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