Raven Starblood

July 15, 2011

Bastard Of The Skies - Ichor! Ichor! (2010)


Le disque nous vient d’outre-manche mais la manche sent ici la tourbe. Mais qui sont ces types pour nous pondre un album pareil (le second, le premier date de 2 ans) ? Des mutants, des extra-terrestres, des réincarnations des Celtes ? A partir des excrétions alvines des Melvins, de Neurosis, d’Electric Wizard et de Ramesses sans oublier High On Fire et même Unsane (bref tout ce qu’on aime quand on trempe dans le décibel extrême) ils nous concoctent un compost sonore impitoyablement tranché au hachoir à riffs sur lequel pousse de quoi nourrir des hordes de doosmters aux oreilles affamées et qu’ils n’ont nulle peine à rassasier. C’est tout simplement inouï, un sans-faute intégral, aucune des scories auxquelles on n’échappe généralement pas même si l’on décide charitablement de passer outre (ce que j’appelle scories sont parfois des gourmandises pour les autres, je dirais que c’est tout ce qui participe du code métal, de la posture, du kitsch hardos et autres artifices qui tiennent hélas éloignés de cette musique les amateurs de musique plus subtile). Ca rugit, ça hurle, ça se déverse comme la boue qui accompagne les secousses sismiques à la saison des pluies, il y a des grumeaux plein la gadoue électrique que vomissent vos enceintes, et tout ça du pas pachydermique que vous affectionnez tant si vous traînez les yeux dans cette rubrique. Mais si Bastards of the Skies se hissent au-delà de l’excellence pour atteindre à l’exceptionnel, c’est que par moments (et par chance, souvent), s’échappent de ce magma des volutes presque baroques assez inhabituelles dans le genre. Parmi les singularités qui les rendent encore plus enthousiasmants, il y a ce parti-pris de faire bref (la moyenne des morceaux est de 4 min, très rare dans le domaine), et surtout cette stupéfiante capacité à créer ici pas moins de 9 classiques, en d’autres termes de ne se permettre aucun exercice de style gratuit ni plaisir (faut dire que le genre n’est a priori pas obsédé par l’idée du plaisir) complaisant. Non, rien que de l’essentiel, rien que des monuments qui pourraient dans une vingtaine d’années nourrir un album hommage (c’est tout le mal qu’on leur souhaite, mais peu parviennent hélas à ce niveau de notoriété culte, en tout cas ils le mériteraient). On notera que la basse est tenue de main de grande prêtresse par une jeune femme (Claire Horrocks) ce qui ôte à l’entreprise un caractère testostéroné parfois un peu embarrassant. En tout cas, voilà un nouveau monolithe.

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